Un bruit de mastication. Fort. Dwayne chique et quand il chique, il fait cette drôle de grimace qui dit « Je chique, c’est dégueulasse mais j'aime ça. » Debout sur le perron, de ses yeux mi-clos luttant contre le soleil, il toise la ville, sa ville. Car Dwayne Jeffrey Adilson est le maire de Zénith, un maire borgne, portant un cache œil typique de la piraterie, un joueur invétéré, un alcoolique et un raciste soit, mais un maire tout de même. Autant dire le maître des lieux. Shhhlup. Bruit de molard qui s’écrase sur le sol bouillant, glaviot rougeoyant qui cuit derechef comme le ferait une huître sur une poêle. Il n’arbore aucun sourire, aucune joie. Le soleil est à son firmament et les vautours se brûlent les ailes en lui faisant la ronde. L’air n’est pas seulement chaud et irrespirable. Il sent la mort.
C’est aujourd’hui que le Seigneur a décidé d’envoyer des flicaillons en provenance directe de la civilisation, des étrangers sensés remplacés le personnel manquant de la police de Zénith. Tout ira pour le mieux, il ne faut pas s’inquiéter. Du moment qu’ils font leurs jobs sans jouer les zélés et qu’ils s’occupent de leurs affaires, il n’y aura pas de problème. Dwayne n’aime pas les problèmes et encore moins qu’on s’occupe de ses affaires. D’ailleurs les deux seules manières valables qu’il connaisse pour régler un problème ou une affaire c’est les pourliches ou les bastos. Pour l’heure, ce sera les poignées de mains d’usage et le sourire hypocrite qu’il arbore si naturellement.
Le bref moment de réflexion passé, ses santiags dégringolent les quelques marches en bois blanc qui le séparent du trottoir jusqu’à sa voiture. Une vieille Chevelle SS de 70. Le moteur vrombit alors qu’il ajuste son regard dans le rétroviseur crasseux. Le bolide file alors en direction du poste de police charriant son nuage de poussières sablonneux.